| D’Amos Daragon
à Wariwulf
Après
avoir terminé la série Amos Daragon, je me suis retrouvé face à
un vide qu’il m’a fallu rapidement combler. En attendant d’arrêter
mon choix sur une idée et de trouver une veine originale à
exploiter pour établir une nouvelle série, j’ai accepté l’écriture
d’un spectacle à la Cité de l’Énergie de Shawinigan, et
c’est ainsi qu’Éclyps est né. Ensuite, pour éviter de tomber
dans l’inertie qu’auraient pu engendrer ma réflexion et mes
incertitudes liées à un prochain roman, j’ai employé mon temps
et mon esprit à l’écriture des Créatures
Fantastiques du Québec, de En
mer puis à la scénarisation de La Grande Illusion,
une bande dessinée publié par le magazine Les Débrouillards.
Comme je me définis par l’écriture et que le travail m’apaise
parce qu’il me procure un sentiment d’accomplissement, toutes
ces réalisations ont été de fantastiques soupapes de décompression
à travers lesquelles j’aurai fait de magnifiques rencontres et
qui m’auront permis de recentrer ma pratique artistique sur une
toute petite idée qui a grandi encore et encore jusqu’à devenir
le sujet de Wariwulf.
C’est
au cours d’un voyage en Bulgarie et en Roumanie que s’est allumé
un coin noir de mon inspiration. Avec Anne, ma conjointe, et son frère
Pierre qui ne dédaigne pas la grande aventure, nous avons entrepris
de suivre la piste de Dracula. Mais avant d’atteindre la contrée
du comte Vlad Tepes dit l’Empaleur de Valachie, et qui, sous la
plume de l’écrivain irlandais Bram Stoker, devait devenir le plus
célèbre des vampires, nous sommes passés par Veliko Tarnovo en
Bulgarie. C’est de la forteresse de cette ville construite à
flanc de montagne que l’on pouvait contempler
au loin l’église de style byzantin, et c’est alors
qu’une question m’est venue à l’esprit. Moi, qui connais les
loups-garous pour les avoir étudiés dans différentes mythologies,
je me suis demandé pourquoi est-ce qu’il n’existait aucun récit
sur le premier de l’espèce? Après tout, Dracula avait bien sa
propre histoire …
|

|
 |
|
Une tour de la
forteresse |
Église de style byzantin |
Puis
nous sommes descendus à Varna qui nous a donné l’occasion de
visiter l’exposition L’or des Thraces. En découvrant ce peuple
étrange, je me suis dit qu’il serait formidable de situer une
histoire à leur époque, au sein même de cette culture antique.
Plus tard, les pieds dans la mer Noire, j’ai imaginé toute la
richesse mythologique de cette partie du monde où je me trouvais et
j’ai eu l’envie irrépressible d’en savoir plus sur son
histoire. Mais le véritable déclic s’est produit en Roumanie, à
Constanta, alors que je contemplais une statue de Rémus et Romulus,
les jumeaux adoptés par les loups et à qui on attribut la
fondation de Rome. C’est finalement à travers les paysages mystérieux
des Carpates, que j’ai découvert des lieux fabuleux, souvent peu
fréquentés par les touristes, et qui m’ont catapulté dans une
autre époque. Pour parcourir la Transylvanie, j’avais acheté un
crucifix qui nous protégerait des attaques de vampires, et de
l’ail frais pour repousser d’éventuelles intrusions de ces
buveurs de sang. J’imagine encore la tête que devait faire la
femme de chambre en apercevant toutes ces gousses sur le rebord des
fenêtres!
|

|
 |
|
Plaque commémorative sur la maison d'enfance de Dracula |
Statue de dracula |
À
mon retour au Québec, j’avais en main les clés de ma nouvelle série.
La Transylvanie m’avait fourni l’ambiance, Veliko Tarnovo un
lieu extraordinaire pour y planter une histoire, les Thraces une
culture à explorer, et Constanta une mythologie pouvant servir de
premier encrage à mon imagination. Il m’aura fallu un an de réflexion
et de recherches avant que j’écrive les premières lignes de
Wariwulf, temps d’incubation nécessaire avant d’entamer l’écriture
du roman. Une année à construire une colonne vertébrale au récit,
et d’en établir une fondation bien solide pour y asseoir les
personnages, les lieux et l’intrigue.
Comme
à chacun des livres que je termine, je me demande si j’ai réussi
à créer un univers digne de ce que les lecteurs attendent. Le
doute fait partie du métier…
Quant à mon propre plaisir de lire, il est intimement lié
au monde qu’un auteur me présente et à son habileté à m’y
faire plonger. Je pense que ce premier tome de la série Wariwulf
possède ces qualités.
Bryan
Perro |